« Croyez-vous que les rêves soient une pure combinaison du hasard ? Ne pensez-vous pas qu’en dehors des lois d’association et des habitudes consacrées chez l’homme par le droit et par le pouvoir, il peut exister en lui de secrets remords, vagues, instinctifs, que nul ordre d’idées reçues n’a voulu avouer ou énoncer, et qui se révèlent par les hallucinations du sommeil ? Alors que les moeurs, l’usage et la croyance ont détruit certaines réalités de notre vie morale, l’empreinte en est restée dans un coin du cerveau et s’y réveille quand les autres facultés intelligentes s’endorment. »
« N’est-ce pas peut-être de la mémoire qui s’ignore ? »
George Sand, Lélia, XXVIII – 1833
« Pourquoi ces chimères du sommeil ? Disposition physique, me dira-t-on. Je le veux bien, mais cela n’explique pas pourquoi ils ont telle ou telle forme. Cela tient à un mécanisme organique dont nous ne connaissons pas du tout les rouages, et qui reste pour nous tous une énigme. De même que nos yeux conservent quelques temps l’impression du spectre solaire qui les a ébloui, l’esprit se remplit des objets qui ont rempli les yeux, et la fantaisie les dessine en les transformant dans je ne sais quelle chambre noire, sanctuaire des songes. Notre cerveau n’est donc pas un appareil à opération photographique, où les images sont transmises exactement. Cela ressemble bien plutôt à un théâtre où les faits de la vie se présentent sous la forme de fictions, mais c’est bien plus riche et plus original que toutes les fictions du théâtre : c’est l’imprévu dans toute sa puissance, c’est l’impossible accepté d’avance, c’est la fête sans frein de l’imagination. Le sérieux et le burlesque y dansent ensemble, l’effroi et la joie s’y succèdent. La douleur y est souvent poignante, nos larmes coulent et mouillent l’oreiller, mais elles s’effacent le plus souvent pour faire place à d’irréalisables compensations : l’ami qui vient de nous quitter revient tout à coup après un immense voyage qui n’a duré qu’un instant. Il sort même au besoin de la tombe où nous venons de le conduire, pour converser avec nous. Nous-même, nous mourons très facilement, en rêve, et nous nous sentons à la fois morts et vivants, sans surprise, et sans angoisse. » George Sand, Impressions et souvenirs, (les trois rêves de Tamaris)
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